Le plan se déroule à merveille. J'ai trouvé de bonnes sources d'ossements, de chair et de sang, mais je n'ai pas encore trouvé de bons échantillons de tendon et de moelle. Rien de grave. Cette ville pullule d'idiots méprisants qui ne manqueront à personne.
J'ai bien failli coincer Susanna la nuit dernière, alors qu'elle quittait le Candelâtre. Un imbécile de garde est arrivé comme un cheveu sur la soupe et j'ai dû faire mine de me promener d'un air badin. D'autres occasions se présenteront, mais l'heure approche.
Je repense à ma vie à Fortdhiver. Tous ces esprits s'agitant vainement dans leurs tours d'ivoire. Ils ne font qu'explorer la magie qu'ils connaissent déjà. Moi, je découvre. Quelque chose de plus profond que ces tours de passe-passe éculés à base de feu et de lumière. Cette magie de la chair est plus ancienne que nous, peut-être même que le monde lui-même. C'est le tissu de l'univers lui-même que je touche du doigt, je le sens craquer et se dérober, et l'heure de mon plus grand triomphe est proche.
Je vais faire une nouvelle tentative avec la fille du Candelâtre. Elle est très prudente, mais ses puissantes articulations devraient offrir des tendons tout simplement exquis. Ça en vaut la peine. Ce soir.